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Dossier Stratégique
Q1 2025

Gouverner dans un monde fragmenté

Ce que les PDG et les conseils doivent anticiper

« Dans un monde fragmenté, le capitalisme stratégique sera celui des mieux alignés : avec leur environnement, leurs partenaires, leurs territoires, leurs valeurs. »

2025 marque une reconfiguration brutale de l'ordre économique mondial. Économie de blocs instable, logiques de puissance, souveraineté industrielle : les conseils d'administration deviennent des organes de stratégie globale.

Ce dossier explore les implications concrètes de ce basculement systémique pour les dirigeants : exposition géographique, cybersécurité, gouvernance financière, talent management, et le rôle stratégique de la diaspora marocaine.

Car au-delà des turbulences, une exigence traverse tous ces enjeux : la clarté. Clarté des objectifs, clarté des priorités, clarté des arbitrages. Sans elle, l'action se disperse et la gouvernance s'épuise.

Dans ce dossier

01

Gouverner dans un monde fragmenté

Ce que les PDG et les conseils doivent anticiper en 2025

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02

La diaspora marocaine : un levier stratégique

Renforcer la gouvernance des entreprises par les talents du monde

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03

Dirigeants : clarifiez vos objectifs

Ou préparez-vous à l'inefficacité

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04

Optimiser la politique de rémunération des dirigeants

La vision d'Alides pour une gouvernance performante

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Gouverner dans un monde fragmenté : ce que les PDG et les conseils doivent anticiper en 2025

2025 s'ouvre sur une reconfiguration brutale de l'ordre économique mondial. Non pas une crise temporaire, mais un basculement systémique. L'économie de blocs, longtemps théorique, devient tangible, instable, stratégique. Les entreprises évoluent désormais dans un capitalisme fractal, où chaque décision opérationnelle s'inscrit dans des logiques de puissance.

Les conseils d'administration ne peuvent plus se contenter d'un rôle de supervision financière ou de conformité. Ils deviennent des organes de stratégie globale : souveraineté industrielle, sécurité numérique, exposition monétaire, compétitivité réglementaire. Un nouvel agenda s'impose.

Un capitalisme fractal sous tension géopolitique

Le premier trimestre 2025 illustre cette nouvelle donne :

  • Trump 2.0 : droits de douane à 145 % sur les produits chinois, licences export imposées même aux alliés
  • Pékin : restriction des exports de métaux critiques (gallium, germanium)
  • Cyberattaques sur les infrastructures civiles européennes
  • Marchés : or à 3150 $/once, bourses à -3 à -5 %, dollar en perte d'attractivité
  • Europe divisée : posture allemande vs appel français à la réciprocité

Les chaînes de valeur mondiales sont désormais soumises à des zones de concentration industrielle stratégique : semi-conducteurs (Taïwan, Corée), terres rares (Chine), cobalt (RDC), lithium (Amérique latine), batteries (Chine, Europe).

Six conséquences stratégiques pour les conseils et PDG

  1. Repenser l'exposition géographique des actifs
    Cartographier les actifs selon le risque politique, la souveraineté réglementaire, la stabilité juridique. Construire une matrice rentabilité / stabilité géopolitique.
  2. Cybersécurité = actif stratégique
    Le budget cyber n'est plus une charge mais une assurance opérationnelle, un levier de valorisation, un argument face aux assureurs et investisseurs.
  3. Intégrer les fluctuations monétaires dans la gouvernance financière
    Diversifier les devises de référence, les lieux de financement, les sièges fiscaux.
  4. Identifier les futurs standards industriels "OTAN-compatibles"
    Un OTAN industriel informel se dessine. Les conformités accrues en cyber, traçabilité et compliance deviennent des prérequis.
  5. Anticiper les recompositions actionnariales
    Surveiller les fonds activistes, préparer des "narratifs de résilience" face aux pressions externes.
  6. Adapter la stratégie RH à la carte du talent mondial
    Restriction des flux d'étudiants chinois aux USA, tensions sur les visas tech : identifier les nouveaux hubs de formation et de recrutement.

Dans un monde fragmenté, le capitalisme stratégique sera celui des mieux alignés : avec leur environnement, leurs partenaires, leurs territoires, leurs valeurs. Les conseils d'administration doivent devenir les architectes de cette cohérence.

La diaspora marocaine : un levier stratégique pour renforcer la gouvernance des entreprises

Le Maroc possède une ressource unique que peu de nations peuvent revendiquer : une diaspora qualifiée, influente et profondément attachée à son pays d'origine. Présente aux quatre coins du monde, cette élite marocaine, forte de son expérience internationale et de son réseau, représente un levier puissant pour accélérer le développement économique et renforcer la gouvernance des entreprises et institutions marocaines.

Si les transferts de fonds dépassent les 100 milliards de dirhams par an, la véritable valeur de cette diaspora réside ailleurs. Son savoir-faire, son capital relationnel et son indépendance stratégique en font un actif sous-exploité qui pourrait jouer un rôle déterminant dans la transformation du pays.

Une diaspora à haut potentiel

Les Marocains résidant à l'étranger occupent aujourd'hui des postes clés dans la finance, l'industrie, la technologie et la gouvernance d'entreprise. Présents dans les grandes places économiques mondiales — New York, Londres, Paris, Dubaï — ils participent activement aux dynamiques stratégiques de demain.

Trois éléments font de cette diaspora un levier unique :

  • Une expertise internationale acquise au sein d'institutions et d'entreprises de premier plan
  • Un réseau et une influence globale permettant d'ouvrir des opportunités de partenariats et d'investissement
  • Une approche stratégique et indépendante de la gouvernance alignée avec les standards internationaux

Une contribution essentielle à la gouvernance des entreprises

L'amélioration de la gouvernance des entreprises marocaines est une nécessité pour assurer leur compétitivité et leur résilience. La diaspora marocaine peut jouer un rôle clé dans cette transformation en intégrant davantage les conseils d'administration et les instances stratégiques.

Quatre axes sont à considérer :

  • Apporter une vision internationale aux conseils d'administration et aux comités stratégiques
  • Renforcer la culture de la performance et de l'innovation au sein des entreprises marocaines
  • Faciliter l'attraction d'investissements étrangers grâce à un réseau international et une crédibilité accrue
  • Renforcer la transparence et la confiance dans la gouvernance des entreprises familiales et des groupes nationaux
D'autres nations, comme l'Inde, la Chine ou Israël, ont su mobiliser efficacement leur diaspora en lui confiant des responsabilités clés dans la transformation économique du pays. Le Maroc doit s'inspirer de ces modèles.

Un cadre à structurer pour maximiser l'impact

Dans son discours du 6 novembre 2024, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a souligné la nécessité d'organiser et de structurer la contribution des Marocains du monde. Trois actions concrètes peuvent être mises en place :

  1. Faciliter l'accès aux instances de gouvernance en créant un cadre institutionnel permettant aux talents marocains à l'international d'intégrer les conseils d'administration et les instances stratégiques du pays
  2. Valoriser et connecter les compétences marocaines du monde via des plateformes dédiées à la mise en relation avec les entreprises et institutions marocaines
  3. Intégrer activement la diaspora dans l'écosystème d'innovation et d'investissement en encourageant les Marocains du monde à investir et à s'engager dans des projets structurants

Manbit Al Aḥrar : une initiative dans la continuité de notre engagement

Dans cette dynamique, nous avons lancé Manbit Al Aḥrār, un réseau dédié aux dirigeants marocains de la diaspora souhaitant jouer un rôle actif dans la transformation économique et institutionnelle du pays.

Cette initiative s'inscrit dans la continuité de notre travail chez Alides, où nous avons depuis des années constitué un vivier des nombreux talents marocains du monde alimentant les entreprises et institutions du pays. Notre objectif est d'accélérer cette dynamique en structurant un espace de connexion, d'échange et d'opportunités.

Le Maroc dispose déjà des talents et des compétences nécessaires pour accélérer sa transformation. L'enjeu n'est pas de chercher ces ressources ailleurs, mais de mieux les intégrer à son propre écosystème.

Les dirigeants marocains à l'international sont prêts à s'engager, à condition qu'un cadre structuré leur permette d'avoir un impact réel.

Dirigeants : clarifiez vos objectifs ou préparez-vous à l'inefficacité

Dans un monde de plus en plus volatile, où les dirigeants jonglent entre transformations numériques, tensions RH, injonctions à la performance et attentes sociétales, une compétence paraît désuète mais reste pourtant décisive : savoir formuler et hiérarchiser ses objectifs.

La "gestion du temps" est souvent invoquée comme un enjeu majeur. Mais la vraie question n'est pas le temps. Elle est la clarté.

À quoi consacre-t-on ses journées ? Qu'est-ce qui relève de l'urgent mais anecdotique — et qu'est-ce qui relève du fondamental, du structurant, du stratégique ? Trop souvent, les dirigeants confondent activité et impact, remplissent leurs agendas de réunions ou de dossiers sans lien clair avec les objectifs les plus décisifs de leur mission.

La Bible du Manager de Harvard Business Review propose une grille simple mais puissante : distinguer trois niveaux d'objectifs — essentiels, d'appui, d'agrément — et organiser son action en conséquence.

Décryptage : l'art de hiérarchiser pour décider

Objectifs "essentiels" : le cœur stratégique

Ce sont les objectifs qui, s'ils ne sont pas atteints, remettent en cause la viabilité ou la compétitivité d'une organisation. Pour un CEO, cela peut être : rétablir la rentabilité sous 12 mois, réussir une fusion sans perdre les talents clés, sécuriser un financement vital, maintenir une position de leader sur un marché prioritaire.

Ils sont peu nombreux, mais doivent structurer l'agenda du dirigeant, sa disponibilité mentale, ses arbitrages.

Objectifs "d'appui" : la capacité à réussir demain

Ces objectifs n'ont pas d'impact immédiat, mais préparent les conditions de l'exécution stratégique. Former ses équipes, renforcer l'engagement managérial, faire évoluer les outils, structurer une filière de succession : autant de leviers souvent négligés mais déterminants dans la durée.

Les leaders qui réussissent savent investir du temps dans ces chantiers "non urgents mais importants" — là où, justement, se joue la capacité à croître sans s'épuiser.

Objectifs "d'agrément" : attention à l'illusion du confort

Ce sont les "nice to have". Améliorer l'ergonomie d'un outil interne, organiser un séminaire plus convivial, revoir le design du rapport annuel. Ces objectifs peuvent améliorer le quotidien, mais n'ont pas d'effet direct sur les résultats ni sur la transformation.

Le danger n'est pas tant de les ignorer que d'en faire une priorité, au détriment du reste.

Implications pour les dirigeants : réapprendre à dire non

Cette grille d'analyse révèle une vérité peu confortable : ce qui accapare votre temps n'est pas toujours ce qui fait votre valeur.

Dans un monde saturé d'interruptions et d'injonctions, le risque est grand de consacrer ses journées à ce qui est "urgent pour les autres" — et de négliger l'essentiel pour l'organisation.

Voici quelques leviers d'action concrets :

Faire le tri

Prenez une semaine de votre agenda et relisez-la à l'aune des trois niveaux d'objectifs. Quelle proportion de vos actions sert l'essentiel ? L'appui ? L'agrément ? La lucidité commence par ce diagnostic simple.

Redonner du sens aux entretiens d'objectifs

Que ce soit avec vos N-1 ou votre board, sortez des logiques administratives. Utilisez cette grille pour poser des questions puissantes : "Quels sont, dans tes missions, les objectifs sans lesquels l'organisation échouerait ?" "Qu'est-ce qui est important mais pourrait être remis à plus tard ?"

Organiser son agenda autour de l'essentiel

Ce que vous jugez prioritaire doit apparaître… dans votre emploi du temps. Si l'un de vos objectifs essentiels est de renforcer votre équipe de direction, combien d'heures y consacrez-vous chaque semaine ? Trop souvent, les priorités affichées ne trouvent aucun écho dans la réalité de l'agenda.

Apprendre à dire non — y compris au PDG

Savoir dire "non" à un projet flatteur, mais qui ne sert aucun objectif essentiel, est une compétence politique rare. Elle distingue les exécutants loyaux des dirigeants responsables.

Redonner sa noblesse à la clarté

Le tri stratégique des objectifs n'est pas un exercice bureaucratique. C'est un acte de lucidité managériale et de responsabilité collective. Il impose de la rigueur, parfois du courage, mais il libère un bien précieux : la capacité d'agir là où l'on a le plus d'impact.

Les dirigeants les plus remarquables ne sont pas les plus occupés, mais les plus alignés. Et si, au lieu de courir après le temps, vous commenciez par redessiner votre boussole ?

Optimiser la politique de rémunération des dirigeants : la vision d'Alides pour une gouvernance performante

La rémunération des dirigeants exécutifs est un sujet central dans la gouvernance d'entreprise. Elle ne se limite pas à une simple rétribution, mais constitue un levier de motivation, d'alignement des intérêts entre actionnaires et management, et de performance globale. Une rémunération bien conçue renforce l'engagement du dirigeant, favorise une gestion équilibrée et contribue à la stabilité et la croissance de l'entreprise.

Contrairement à la culture anglo-saxonne, où la transparence sur la rémunération des dirigeants est largement acceptée, en France et dans de nombreux autres pays, la question est souvent sensible. Les différentes parties prenantes, notamment les actionnaires, doivent s'assurer que la rémunération est alignée sur les objectifs stratégiques et la création de valeur.

Les trois composantes principales de la rémunération des dirigeants

1. La rémunération fixe

La part fixe de la rémunération reflète les compétences, l'expérience, la responsabilité et les risques assumés par le dirigeant. Elle est souvent accompagnée d'avantages en nature tels que : véhicule de fonction, logement de fonction, assurance prévoyance et retraite complémentaire, couverture en responsabilité civile professionnelle.

Il est recommandé de réaliser une évaluation régulière de cette rémunération fixe afin de s'assurer qu'elle reste cohérente avec les pratiques du marché et l'évolution de l'entreprise.

2. La part variable

Le salaire variable est conçu pour récompenser la performance et aligner les intérêts du dirigeant sur ceux de l'entreprise. Il repose sur des objectifs précis et mesurables, définis par l'organe de gouvernance. Ces objectifs peuvent inclure :

  • Critères quantitatifs : chiffre d'affaires, EBITDA, marges, croissance des revenus
  • Critères qualitatifs : satisfaction client, leadership, innovation, responsabilité sociétale

Une répartition courante entre fixe et variable est de 70 % fixe et 30 % variable, garantissant à la fois stabilité et motivation.

3. Les mécanismes d'intéressement et d'actionnariat

Les dispositifs d'intéressement à long terme visent à récompenser la création de valeur durable et à renforcer l'engagement du dirigeant. Parmi les outils utilisés :

  • Actions gratuites ou actions de performance : le dirigeant devient actionnaire sous certaines conditions
  • Actions de préférence : droits spécifiques sur dividendes ou votes
  • Bons de souscription d'actions (BSA) : incitation à long terme basée sur la croissance de la valeur de l'entreprise

Un bon équilibre entre ces différents éléments permet de créer un système incitatif qui attire et retient les meilleurs talents.

Pourquoi une approche structurée est essentielle ?

Une politique de rémunération mal conçue peut entraîner des problèmes de motivation, de gouvernance et de perception au sein de l'entreprise. Il est donc crucial de respecter plusieurs principes fondamentaux :

  • Cohérence : la rémunération doit être alignée avec les objectifs stratégiques et les attentes des actionnaires
  • Équité : la rémunération doit être perçue comme juste, avec une baisse possible en cas de contre-performance
  • Transparence : les montants et critères doivent être communiqués au Conseil d'administration
  • Alignement des intérêts : la rémunération doit encourager une création de valeur à long terme

Erreurs courantes et bonnes pratiques

❌ Erreurs courantes
  • Rémunération fixe trop élevée, déconnectée des résultats de l'entreprise
  • Absence d'indicateurs clairs pour la part variable
  • Absence d'alignement entre les intérêts du dirigeant et ceux des actionnaires
  • Manque de transparence dans les processus de décision
✓ Bonnes pratiques
  • Définir des critères de performance mesurables et réalistes
  • Mettre en place un comité de rémunération pour assurer l'objectivité
  • Favoriser les mécanismes d'intéressement à long terme
  • Assurer une évaluation régulière du système de rémunération

Une rémunération bien structurée est un outil puissant pour attirer, motiver et retenir des dirigeants performants. En respectant les principes de transparence, d'équité et d'alignement avec les objectifs stratégiques de l'entreprise, elle devient un levier de gouvernance efficace.

« Une politique de rémunération bien pensée n'est pas une charge, mais un levier stratégique pour attirer, motiver et aligner les dirigeants avec les objectifs de l'entreprise. »

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